L’association invitée au voyage présidentiel en Algérie

Retour sur notre participation au voyage du 25 au 27 août 2022, en tant que représentants de l’association Mémoires et jeunesses franco-algériennes, par Nour

Le 16 Août 2022, je reçois un mail de la part du protocole de l’Élysée. C’est une invitation de la part du Président Emmanuel MACRON et de son épouse Mme Brigitte MACRON à participer au voyage officiel qu’ils effectueront en Algérie entre le 25 et le 27 Août prochain. En échangeant avec les membres de l’association, je me rends compte que Yoann SPORTOUCH, co-président et Cécile RENAULT, chargée de la concrétisation du rapport Stora, sont également invités. Je ne savais pas trop quelle serait la démarche à suivre pour Yoann et moi qui allions représenter J&MFA, car nous ne disposions pas encore du programme de la visite ni des noms des personnes conviées dans la délégation. Rapidement, après une discussion avec Yoann, j’ai pris conscience de la chance précieuse que constituerait  notre présence au sein de la délégation pour faire connaître l’association et pour préciser nos actions d’avenir. Comme pour chacun de nos projets, nous avons tous commencé à travailler pour le mener au mieux, même si nous regrettions amèrement que l’ensemble des membres de l’association ne puisse pas venir en Algérie, car nous oeuvrons tous depuis un an et demi à l’apaisement des mémoires franco-algérienne à travers l’action de la jeunesse.

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I. La Préparation Du Voyage


a. La nécessité de tenir des réunions

Naturellement, nous avons rapidement trouvé des créneaux et organisé en une semaine deux réunions par visioconférence. La pandémie nous aura au moins rodé à l’outil. D’abord, il fallait comprendre l’objectif de la visite “officielle et d’amitié” du président MACRON en Algérie. Étant attentifs à la presse des deux pays, nous avons compris qu’il ne s’agirait pas d’une visite ciblant les mémoires franco-algériennes, mais mettant à l’honneur un ensemble de sujets édificateurs des relations bilatérales des deux pays tels que l’économie, l’énergie, l’immigration, la culture, la sécurité, et bien entendu, l’héritage mémoriel. D’ailleurs, ce groupe nominal a constitué le nom de notre sous-délégation lors du voyage. Nous n’avons pu nous empêcher d’apprécier la dextérité linguistique astucieuse qu’il a fallu pour fusionner allusions à la jeunesse et à l’avenir à un sujet difficile, complexe et passionnel vieux de cent-quatre-vingt-douze années, le tout en veillant à ce que l’attention qui lui serait accordée ne dépasse pas celle des autres sous-délégations. Pour tout vous dire, cette astuce géniale contrastait avec l’organisation approximative de la visite, dûe aux aléas du direct, et aux retards répétés du président de la république, soucieux de s’entretenir avec un maximum de monde. Parce qu’un roi n’est rien sans sa cour. 

La première réunion a permis de définir notre marge de manœuvre en ciblant certaines personnes et personnalités qu’il fallait rencontrer. Nous avons également décidé de conceptualiser une brochure de J&MFA, pour pouvoir transmettre une trace matérielle de l’association à nos interlocuteurs. Cette brochure allait être la marque d’une attitude sérieuse et ambitieuse à la hauteur des partenariats que nous voulions nouer. 

La seconde réunion s’est déroulée l’avant veille du voyage. Même si nous ne disposions pas de toutes les informations concernant la visite, nous savions quels ministres français seraient présents ainsi que l’identité de certains universitaires émérites et hauts fonctionnaires. Encore fallait-il savoir quoi leur dire. 

b. Nos objectifs

  1. Identifier à qui nous devions nous introduire

Nos deux réunions ont permis de définir les objectifs de notre présence au sein de la délégation. D’abord, nous avons identifié certains “people of interest” qui seraient présents et à qui nous devions nous introduire. Il y en avait que nous connaissions déjà et avec qui il fallait renouer comme la ministre de la culture Mme Rima ABDUL-MALEK et M. François GOUYETTE, ambassadeur de France en Algérie. Nous savions également la présence de Jack LANG, écrivain, ancien ministre de la culture et de l’éducation, président de l’Institut Du Monde Arabe à Paris, ou Arnaud MONTEBOURG, ancien ministre de l’économie et président de l’association France-Algérie, et d’autres personnalités moins connues ayant un lien direct avec les jeunesses algériennes, françaises, et franco-algériennes. 

  1. Leur parler de notre atelier

Avec l’ensemble des membres de l’association, nous avons convenu qu’il fallait mettre à l’honneur l’atelier que nous tenions de façon régulière depuis plusieurs mois. En tout état de cause, cette action concrète qui nous permettait de rencontrer des jeunes de 15 à 25 ans ayant choisi de venir explorer non seulement leur lien avec la colonisation et la guerre d’indépendance algérienne mais également le lien de l’autre, nous ouvrirait la porte de subventions pour la concrétisation de notre projet de voyage en Algérie, et montrerait que notre porte était ouverte à tous ceux qui souhaiteraient rejoindre Jeunesses&MémoiresFranco-Algériennes. Plus largement, ceux qui suivent les activités de notre association savent que cet atelier a également pour objectif de nourrir les expositions qui se tiendraient dans un musée de la France et de l’Algérie, en nous renseignant sur les éléments attractifs pour la jeunesse ayant un lien avec le passé commun des deux pays. Nous voulions prendre contact avec des représentant.e.s de la jeunesse algérienne et des directeurs et directrices d’interfaces intéressantes pour la programmation de nos ateliers.  

  1. Prévoir nos échanges potentiels avec la presse

Enfin, il fallait prévoir nos interventions dans la presse si elles devaient avoir lieu. Nous avons décidé de mettre l’accent sur qui nous étions, nos positionnements et sur les objectifs de notre visite. En guise de prévention, nous avions prévu des brochures également pour la presse, au cas où certains journalistes auraient eu la mémoire courte, ou que nos déclaration euent pu créer quelque confusion. En un an et demi, nous avons pris conscience de l’étendue du pouvoir médiatique.

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II. Le Déroulé du voyage

a. Des lieux symboliques et indémodables

  1. La Casbah d’Alger

Nous sommes arrivés à Alger à bord de l’avion gouvernemental de l’armée de l’air et de l’espace française, le 24 Août, la veille de l’arrivée du président et d’une partie du gouvernement français. Nous avons été escortés dans un hôtel emblématique d’Alger, l’Hôtel El Aurassi, disposant d’une des plus belles vues de la capitale sur l’ensemble de la baie d’Alger. L’état algérien n’avait pas pris cette visite officielle et d’amitié à la légère.

Disposant de la matinée de libre, nous avons décidé de visiter la Casbah d’Alger, traductible de l’arabe par la Citadelle d’Alger.  Accompagnés d’une guide, nous avons méthodiquement déambulé dans la Casbah, lieu classé au patrimoine mondial par l’UNESCO, au centre de classiques du cinéma tels que Pépé le Moko, La Bataille d’Alger ou Les Enfants de Novembre. La visite a commencé à la place des martyrs, face à la mosquée Ketchaoua construite au milieu du XVème siècle, remaniée sous la régence ottomane et sous la colonisation française, dédiée au culte musulman, catholique, puis musulman à l’indépendance de l’Algérie en 1962. La visite urbanisitique de la Casbah, incluant palais, lieux de cultes, places publiques, fontaines, habitations, rend compte de l’existence d’un ordre social, culturel, économique et religieux dès le Xème siècle. Par ailleurs, des recherches montrent que la citadelle a été habitée dès la période néolithique[1], comme le reste du sahel algérois[2]. Un élément de plus à intégrer lorsque l’on s’interroge sur l’existence de l’Algérie avant 1830. En nous déplaçant dans la Casbah, nous avons observé plus que la cohabitation, mais la coexistence des musulmans et des juifs, chacune des fois étant représentée par un croissant ou une étoile de David sculptée en haut de la porte d’entrée. Un échange avec un ébéniste a été l’occasion d’en apprendre plus sur cette coexistence paisible, sereine, “qui se passait bien”. La visite s’est conclue avec le passage par le 11 rue du Lézard, rue des bijoutiers où de nombreux juifs commerçaient. C’est également l’adresse de l’ancien domicile de la grand-mère de Yoann, qu’elle a dû quitter en 1962, douloureusement. Il se trouve que c’est également la rue de naissance du réalisateur juif Alexandre ARCADY, aussi membre de la délégation, connu en Algérie pour son adaptation de Ce que le Jour doit à la Nuit, du romancier algérien de renom Yasmina KHADRA. 

  1. Le Monument des Martyrs et le cimetière Saint-Eugène

À la suite de la visite de la Casbah, nous sommes rentrés précipitamment à l’hôtel pour rejoindre le convoi de la délégation car nous devions accueillir le président Macron et le reste des membres de la délégation qui l’accompagnaient. Dans le salon d’honneur, nous avons eu l’opportunité d’échanger avec Rostane MEHDI, franco-algérien, agrégé des Facultés de Droit, directeur de l’Institut d’Études Politiques SciencesPo Aix et Amine BENYAMINA, également franco-algérien, Président de la Fédération française d’addictologie, à propos des ambitions de ce voyage en XXL. Nous avons également profité du cadre somptueusement enchanteur de ce salon accessible aux happy fews pour exposer à François GOUYETTE, ambassadeur de France en Algérie, la structure de notre projet de faire des ateliers en Algérie dès l’hiver prochain. L’idée semblait le séduire fortement, nous lui adressons une lettre détaillée dès la fin du voyage. À l’arrivée du Président MACRON, nous sommes sommés de rejoindre nos véhicules afin de nous rendre au Maqam Chahid, le monument des martyrs. 

Nous pourrions dire que le Monument des Martyrs est à l’Algérie ce que la Tour Eiffel est à la France, en précisant qu’il a été édifié pour rendre hommage aux martyrs morts pour l’indépendance de l’Algérie. En attendant le début de la cérémonie d’hommage aux morts algériens depuis la colonisation jusqu’à l’indépendance en 1962, nous avons échangé avec Rachid TEMAL, sénateur français. En lui exposant les objectifs et valeurs de l’association, Rachid TEMAL a proposé de nous auditionner au Sénat. Nous étions ravis de pouvoir nous faire entendre et comptons bien concrétiser ce projet. Il y avait également Arnaud MONTEBOURG, avec qui nous avons échangé les contacts, lui aussi semblait intéressé par notre initiative. La protocole nous informe qu’Emmanuel MACRON arrive, effectivement, il est accompagné de ses ministres et du ministre des affaires étrangères algériennes, Ramtane LAMAMRA. Les tambours retentissent, Emmanuel MACRON se dirige seul vers le monument des martyrs arborant une démarche militaire, suivant une gerbe de roses. La gerbe se compose de roses rouges et blanches, le vert des feuilles permet de reconstituer les couleurs du drapeau algérien. Rappelons que le recueil sur les morts pour l’indépendance, les chouhada, fait partie du protocole auquel doit se tenir chaque chef d’État étranger en visite officielle en Algérie. Il est aussi vrai que la valeur de ce passage lorsqu’il est fait par un président français est différente pour les algériens. 

Le lendemain matin, nous nous sommes rendus au cimetière européen de Saint-Eugène, plus grand cimetière de l’Algérie coloniale. Nous avons attendu longtemps sous la chaleur la venue du Président, de son ambassadeur et de ses ministres. Pareillement que pour le monument des martyrs, Emmanuel MACRON se dirige solennellement vers le monument aux morts en suivant le dépôt d’une gerbe rouge, blanche et verte, rattachée d’un épais ruban bleu, car les symboles ont leur importance. Les tambours retentissent, la Marseillaise aussi. Moi qui ne suis pas française, j’ai remarqué que tout le monde chantait. Plus qu’un symbole, j’y ai vu un amour collectif envers la France. Ensuite, toute la délégation a suivi le président dans sa déambulation dans le carré juif. Certains membres juifs de la délégation ont porté leurs kippas, étant donné qu’il s’agit d’une obligation dans le judaïsme[3]. Ce moment a été l’occasion pour Yoann d’échanger directement avec E.Macron. Au nom de l’association Jeunesses et Mémoires Franco-Algériennes, Yoann, co-président, a remercié le Président pour son invitation et l’a informé que c’était une opportunité à exploiter au mieux pour la poursuite de nos activités. Yoann lui a également parlé de notre visite à la Casbah et que cette visite, au même titre que le passage du président dans le carré juif du cimetière, construisait un pas vers l’apaisement. 

  1. La visite d’Oran et le Palais des Sports d’Oran

Notre dernier jour en Algérie s’est déroulé à Oran. Nous avons été accueillis à l’Hôtel AZ par le directeur de l’hôtel lui-même, il était 1h du matin. Il s’agissait d’un groupe hôtelier privé, lui non plus n’avait pas pris les choses à la légère. Tôt le lendemain, nous sommes allés visiter une partie d’Oran avec une partie de la délégation. Avant de sortir, j’ai eu l’occasion d’échanger avec le président Macron. Suite à son discours de la veille – dont les détails sont disponibles sur le site de l’Élysée et que nous évoquerons par la suite- je l’ai également remercié pour l’invitation au nom de l’association, lui ai dit que nous étions heureux et satisfaits des annonces données dans son discours, mais qu’à titre personnel une reconnaissance de l’histoire dans son intégralité scientifique était nécessaire à un apaisement des mémoires, j’ai conclu mon propos en disant que j’étais optimiste quant au déroulé de cette reconnaissance dans un futur proche. Ensuite, nous avons pris une photo, Yoann SPORTOUCH, Emmanuel MACRON, et moi, Nour BERRAH. 

La visite partielle d’Oran s’est déroulée aux mains d’experts: de jeunes guides et étudiants en architecture nous ont permis d’apprécier le style urbanistique et les lieux historiques de la ville. Parallèlement, une autre partie de la délégation a accompagné le président dans sa visite au Fort de Santa Cruz,[4] construit par les Espagnols au XVIème siècle. S’en est suivi une visite à Disco Maghreb, studio d’enregistrement mythique de musique raï, remis à la mode par DJ Snake, compositeur franco-algérien à la renommée internationale. En s’adonnant à un bain de foule à cents mètres du studio, Emmanuel MACRON est accueilli par une foule enthousiasmée scandant: “One, Two, Three, Viva l’Algérie”. N’oublions pas l’enthousiasme des oranais lors de la visite de Jacques Chirac en 2012 lui aussi à Alger et à Oran, cette fois, les algériens déployaient drapeaux algériens et drapeaux français. Cette visite avait été conclue par la signature d’une déclaration visant à une coopération renforcée entre la France et l’Algérie, ainsi qu’une rencontre de J. Chirac des jeunes étudiants algériens[5]. On dirait que c’est un modèle de visite qui a pu inspirer la visite de 2022. 

Le Palais des Sports d’Oran a abrité la démonstration d’une performance de breakdance, un moment de détente pour les membre du gouvernement français, cette fois accompagnés par des officiels algériens: toujours Ramtane LAMAMRA, ministre des affaires étrangères algériennes, le Wali d’Oran, -la wilaya algérienne étant l’équivalent d’un département français-, et des membres de l’armée algérienne. Seulement, cette rencontre avait été organisée pour que le président Macron échange avec des jeunes oranais, les aléas du direct ne l’ont pas permis. La performance de breakdance n’a pas non plus pu durer aussi longtemps qu’elle aurait dû.

b. Les repas et collations: moments de détente privilégiés pour des échanges fructueux

  1. Petit-Déjeuner à l’Hôtel El Aurassi

Le premier jour, nous avons eu un échange avec une personnalité dont nous ne savions pas qu’elle serait là, Dr Ghaleb BENCHEIKH, écrivain, président de la branche française de la Conférence mondiale des religions pour la paix, élu président de la fédération de l’Islam de France, érudit versé tant dans les sciences dures que dans les sciences humaines, et surtout fin rhéteur auprès de qui l’apprentissage du fond est rendu fluide par l’accompagnement efficace d’une forme poétique puissamment muetisante, qui a fait l’objet d’un apprentissage tout aussi interessé.  En déjeunant avec Ghaleb BENCHEIKH, nous avons échangé autour de la nécessité d’une reconnaissance de l’histoire. Concernant l’Algérie, cela fait partie de la grandeur d’une nation de se tourner vers l’avenir, car c’est cela qui est payant. Concernant l’Algérie, cela fait partie de la grandeur d’une nation de se tourner vers l’avenir, car c’est cela qui est payant. Concernant la France, cela fait partie du génie d’une nation de savoir reconnaître les pages sombres de son passé, en reconnaissant tout autant que certaines grandes figures se sont levées contre le colonialisme. En somme, ses propos rejoignaient bien les valeurs et lignes directrices de notre association: celle de reconnaître une différence entre les groupes qui ont vécu et caractérisé la colonisation et la guerre d’Algérie, par exemple une différence entre colonisé et colonisateur, tout en traitant sans différenciation le point de vue de tous ces groupes. C’est cela qui permettra à la jeunesse d’atteindre ce à quoi il aspire: un avenir mutuellement avantageux. Il semblerait que la temporalité propre à la troisième génération fasse de celle-ci une génération assez mature pour reconnaître le passé. Tout revient à une question de temporalité, de maturité, on ne parle de guerre d’Algérie que depuis 1990’s avec Jospin. Il a fallu 35 ans pour reconnaître la sémantique appropriée. 

Ce début de matinée aux notes sucrées et parfumées nous a permis d’en apprendre plus sur l’impact que peuvent avoir les artistes sur l’apaisement des rapports entre les pans de la société française dans toute sa richesse et diversité, mais aussi plus largement entre les sociétés des deux rives. Mme Bénédicte ALLIOT, directrice de la cité des arts à Paris, nous a renseigné sur l’expérience des résidences d’artistes. Le principe de ces résidences est d’accompagner des artistes de nationalités multiples entre un mois et un an, pour qu’ils puissent travailler dans les conditions les plus favorables. Il se trouve que comparativement  aux marocains et tunisiens, les artistes algériens sont les moins présents au sein de ces résidences. Seulement, il se trouve que la perception d’une société, en l’occurrence ici la société française, peut varier avec le regard des artistes. Ainsi, si plus d’artistes algériens venaient travailler en résidence artistique à Paris, peut-être que l’ensemble des préjugés et idées reçues sur la société française se déconstruiraient progressivement, comme ça a été le cas pour les artistes des autres pays. Bénédicte Alliot souhaiterait que les artistes algériens viennent en résidence d’artistes de façon plus évidente, c’est pour cela que le programme de civique a été monté dans le cadre du rapport Stora. En tout état de cause, la venue d’artistes algériens servirait également un institut franco-algérien de la jeunesse.  

  1. Le déjeuner à l’Hôtel El Djazair

Au retour du cimetière Saint-Eugène, nous avons été invité à déjeuner à l’hôtel El-Djazair, ex Hôtel Saint-George, ancien palais du Bey, dont la bâtisse initiale date du début du XVIème siècle.[6] À table, il y avait notamment Madame Patricia MIRALLES, secrétaire d’État chargée des anciens combattants et de la mémoire, le Président de l’association de la Wilaya 4, Benjamin STORA, Cécile RENAULT, la consule adjointe de France à Alger, l’archevêque d’Alger, et pour finir en beauté Ghaleb BENCHEIKH.

Ce déjeuner a été pour nous l’occasion d’en apprendre davantage sur la posture de la jeunesse algérienne vivant en Algérie sur les questions de l’apaisement des mémoires. Selon un membre de l’association de la Wilaya 4, militant pour l’ouverture des archives, et le Président de l’association des amis du cimetière Saint-Eugène, les jeunes sont disposés à travailler pour “tourner la page”. En leur parlant de notre projet d’atelier, nous avons pu observer leur intérêt. Au cours du déjeuner, la souffrance des pieds noirs a été indirectement évoquée par Mme Miralles, à la suite de questions sur son passé et celui de ses parents ayant vécu à Oran, posées par l’archevêque d’Alger. Le déjeuner s’est conclu sur l’intervention juste de Ghaleb Bencheikh concernant la nécessité de reconnaissance des pages sombres du passé pour un futur serein de chaque nation. 

  1. Le Palais du Peuple et La Résidence des Oliviers, avant et après la déclaration présidentielle

Le soir du 25 Août, nous avons été conviés au palais du Peuple, siège du gouvernement à l’indépendance de l’Algérie. Un moment dédié à des rafraîchissements à été l’occasion d’échanger avec Jacques Attali à propos de la venue du président avec une délégation aussi importante. Jacques Attali semblait optimiste quant à l’issue du voyage. Nous lui avons également parlé de J&MFA, l’initiative lui a semblé cohérente et courageuse. D’ailleurs, il a fait mention de cette association de la jeunesse et des “cinq mémoires” au Président de la République lorsqu’il échangeait avec Yoann le lendemain. Jack Lang nous a parlé de son amour pour l’Algérie et de la confiance qu’il a dans l’avenir pour une entente sereine entre les deux sociétés et les deux états. 

Le lendemain, après avoir déjeuné à l’Hôtel El Djazair, nous avons été accompagnés à la résidence des Oliviers, demeure de l’ambassadeur de France en Algérie. Un microcosme de la communauté française et franco-algérienne vivant en Algérie y a été convié pour rencontrer le président de la république, comme il est d’usage de faire lorsqu’un chef d’état se rend dans un pays étranger. Des financiers à la pistache et des boissons fraîches nous ont permis d’attendre la venue d’Emmanuel MACRON, et nous pouvions apprécier une des plus belles vues de la capitale, dans le jardin de cette résidence de style mauresque, déployée sur le balcon Saint-Raphaël, à Alger. Comme à son habitude, Emmanuel Macron monte énergiquement sur scène et s’engage dans un discours qu’il maîtrise. Dans une allocation d’une quinzaine de minutes, il ne jeta un oeil qu’une fois à son support papier, pour s’assurer des chiffres qu’il donnait concernant le nombre d’étudiants algériens en France. Dans son discours, il mentionna spécifiquement et directement l’association Jeunesses&MémoiresFrancoAlgériennes, ses deux co-présidents, qu’il remercia pour son travail, et en qui il dit avoir confiance. 

À l’issue de ce discours, dans lequel l’ouverture des archives, la conception d’un musée, et d’un office de la France et de l’Algérie des deux côtés de la rive, la mise en place d’une commission d’historiens mixtes français et algériens pour étudier l’histoire commune de la France et de l’Algérie depuis 1830, avaient été annoncées, nous étions assez satisfaits. Pour ma part, j’avais quelques réserves, il manquait la reconnaissance des réalités barbares de la colonisation et de son idéologie. Plus tard, en discutant avec Rostane MEHDI, agrégé des Facultés de Droit, Professeur à la Faculté de Droit et de Science Politique de l’Université d’Aix-Marseille (depuis 1996) et au Collège d’Europe de Bruges (depuis 2002), il nous confia non sans émotions que lui était satisfait du discours présidentiel, car il y a entendu une reconnaissance explicite, la reconnaissance de la richesse qu’apportaient les personnes binationales, les franco-algériens, ou algéro-français, à la société française. Il est vrai que le président de la république y a accordé une importance considérable dans son discours à la communauté française algérienne. Nous avons également échangé avec des chefs d’entreprises franco-algériens, eux aussi se disaient satisfaits du discours. Jean-Pierre Filiu, historien, conseiller des affaires étrangères en poste dans plusieurs pays du Moyen-Orient, Professeur des universités en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris, professeur invité aux États-Unis à l’université Columbia et à l’université de Georgetown, se montrait également optimiste suite à l’allocution présidentielle “prometteuse”, bien qu’il y soit souvent très critique. 

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III. Conclusion: Le bilan: nos futures rencontres, nos attentes

A. Nos attentes et réserves

Après les annonces du président de la république concernant ce qui a été nommé La Déclaration d’Alger pour un partenariat renouvelé entre la France et l’Algérie[7], nous sommes dans l’attente de la mise en place de la commission mixte d’historiens français et algériens, qui devrait avoir lieu dans un délai de quinze à vingt jours, de l’ouverture des frontières, et de l’avancée de projets entre la France et l’Algérie dans différents domaines, artistiques, économiques, éducatifs, en France et en Algérie. 

Pendant cette visite, bien que nous ayons senti une volonté de se tourner vers l’avenir et de faire confiance à la jeunesse, il nous a manqué la reconnaissance par le politique de la vérité historique détaillée par les historiens, celle de la reconnaissance des crimes perpétrés par l’État français dans sa croyance et son execution d’une idéologie coloniale raciste, acculturante, antisémite, islamophobe, à l’égard de l’ensemble des colonisés. Nous espérons que la commission paritaire annoncée agira comme un accélérateur de cette reconnaissance. 

Par ailleurs, l’annonce de mise en place de lieux muséaux et d’intensification des projets entre les jeunesses de la France et de l’Algérie nous a laissé sur notre faim, nous aurions voulu la mention d’un institut, ou d’un office, en tout état de cause, d’un lieu précis de la France et de l’Algérie pour la jeunesse. Nos demandes continuerons d’aller dans ce sens. 

Enfin, nous regrettons que le nombre de visas accordés aux algériens ne soit pas plus important, nous pensons qu’une augmentation des visas aurait certainement augmenté les perspectives de partenariat entre la France et l’Algérie, toujours dans une optique de réduction des préjugés mutuels et d’apaisement des rapports entre les mémoires présentes dans les sociétés françaises et algériennes.

B. Avancées sur le voyage en Algérie, échange direct avec l’ambassadeur

Un de nos projets futurs, et sur lequel nous avons commencé à travailler, est un déplacement en Algérie, certainement à Alger et possiblement dans d’autres villes. Pour le concrétiser, nous nous sommes entretenus pour la deuxième fois avec François GOUYETTE , ambassadeur de France en Algérie, pour trouver comment débloquer des subventions. Au cours de ce second entretien, nous avons mis en avant notre ambition de faire des ateliers, expliqué la structure des sessions et parlé de certains aspects logistiques. Nous sommes en contact avec l’ambassade de France en Algérie pour réaliser ce projet. Nous avons également été introduit à Saïd MOUSSI, ambassadeur d’Algérie en France, à qui nous avons rapidement présenté notre association, ses valeurs fédératrices et ses objectifs. Saïd MOUSSI y était favorable.

C. Programmation d’ateliers

Nous avons tenu à rencontrer un maximum de représentants de jeunes et de personnes en contact avec la jeunesse algérienne au cours de notre voyage. Malheureusement, nous étions pris par un emploi du temps très chargé. Nous avons tout de même pu avoir un rendez-vous avec Mme Chantal LÉVY, proviseure du Lycée International Alexandre Dumas, à qui nous avons parlé de l’association. À l’issue de notre entretien, nous avons obtenu son accord de principe pour l’organisation d’ateliers au sein du LIAD en Novembre 2022. Nous prévoyons de nous entretenir avec la directrice de l’Institut Français d’Alger et conseillère culture de l’ambassade de France en Algérie Mme Ahlem GHARBI. 

D. Échanges avec des jeunes

Nous avons eu la possibilité de rencontrer des jeunes algériens à deux reprises : à Alger, lors du déjeuner à l’hôtel El-Djazaïr, et à Oran, lors de la visite partielle de la ville. Lors du déjeuner, un plan de table réfléchi et intéressé m’a placé à côté de Saad BOUSLIMANI, membre des associations de la Wilaya 4. En l’interrogeant sur l’intérêt que pourrait avoir l’existence d’une association jumelle à J&MFA, Saad m’a confié que les jeunes qu’il connaissait pourraient vouloir porter cette initiative. Ouali LABASSI, président de l’association des amis du cimetière Saint-Eugène m’a précisé qu’il savait que ce n’était pas seulement les jeunes étudiants qui seraient intéressés, mais la jeunesse dans toute sa diversité, celle qui travaille. Il m’a confié avoir un lien avec des jeunes artistes algériens engagés dans l’apaisement des mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Une des phrases que Ouali m’a dite et qui m’a fait réagir a été “Tu sais Nour, ce qui a pu fonctionner là-bas fonctionnera ici aussi.” Cette phrase a eu l’effet d’un voile qu’on lève des yeux de quelqu’un. On ne réalise pas à quel point les idées reçues nous imprègnent. 

D. Travail futur avec des personnalités

Enfin, certaines personnalités ont montré un intérêt particulier pour notre projet et nos convictions, nous avons notamment échangé nos contacts avec Arnaud MONTEBOURG, ancien ministre, président de l’association France-Algérie, Rachid TEMAL, sénateur, Jack LANG, ancien ministre, président de l’Institut du Monde Arabe à Paris, Ghaleb BENCHEIKH, président élu de la fédération de l’Islam de France, et Jaques ATTALI, écrivain, économiste, haut fonctionnaire français. Nous comptons bien poursuivre nos échanges pour la bonne exécution de projets en France, en Algérie, ou ailleurs.  

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Nous tenons à remercier particulièrement Cécile RENAULT, qui nous accompagne infailliblement depuis le début, habitée d’une énergie inépuisable et motrice. Durant ce voyage unique et exigeant, Cécile, fidèle à elle-même, nous a astucieusement orientés, et adressés des conseils habiles et indispensables, sans jamais émettre de jugement quant à nos décisions et idées.  Ça n’aurait pas été la même chose sans toi. (On ne mentionnera pas les vidéos ASMR sur le site, les chinois pourraient avoir peur XDDDD) 


[1] https://whc.unesco.org/fr/list/565/

[2] Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : Des origines à nos jours, Paris, Flammarion, 2012,      p 424.

[3]https://www.liberation.fr/france/2016/01/13/la-kippa-dieu-au-dessus-de-soi

[4] Oran, Histoire d’une ville, Houari Chaila, Publié par EDIK, 2002, 2e édition.

[5] A Oran Jacques Chirac reçoit un accueil triomphal de la part de jeunesse algérie

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel_El_Djaza%C3%AFr

[7]https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/08/27/declaration-dalger-pour-un-partenariat-renouvele-entre-la-france-et-lalgerie#moduleAnchor-200283